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Science décalée: le manque d’argent contribue-t-il au malheur ?

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On dit souvent que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est en partie vrai, mais pas complètement. À l’inverse, le manque d’argent contribue-t-il au malheur ? Une dégradation soudaine des revenus est généralement très mal perçue. Et persister dans cette situation et prendre l’habitude de son nouveau statut n’améliore en rien le bien-être.

Quelle est la bonne recette pour vivre heureux ? Elle diffère assurément d’une personne à l’autre puisque chacun a besoin de sa dose d’amour, d’argent, de liberté ou encore de respect. La richesse ne suffit donc pas au bonheur… mais elle y participe malgré tout. Ainsi, les personnes les plus aisées sont globalement plus satisfaites de leur vie que les plus modestes. Et si le bien-être croît de plus en plus faiblement à mesure que les ressources augmentent, quel est l’impact de la perte soudaine de revenus et le maintien dans la pauvreté sur le moral ? Pour la première fois, une étude menée par Conchita D’Ambrosio, de l’université du Luxembourg, met en avant le mal-être persistant ressenti dans les populations défavorisées.

Le contexte : l’argent fait (un peu) le bonheur

Depuis longtemps, le lien entre argent et bonheur fait l’objet d’études. Globalement, toutes concluent dans le même sens : plus on gagne et plus on le vit bien, même si à partir d’un certain revenu, tout excédent procure de moins en moins de bien-être. Mais si l’on réfléchit dans l’autre sens, que se passe-t-il ?

Certes, il paraît évident qu’une perte soudaine de revenus et de statut constitue une épreuve difficile à vivre. Mais, comme aurait pu le chanter Léo Ferré, avec le temps, tout s’en va-t-il vraiment ? Après la désillusion, comme après une rupture sentimentale ou la perte d’un être cher, la personne concernée peut-elle accepter son sort pour retrouver progressivement une certaine joie de vivre ?

Les conclusions avancées dans la revue publiée par l’institut allemand de la Recherche économiquedemeurent inquiétantes pour les personnes qui, en ces temps de crise, ne parviennent pas à sortir de leur pauvreté.

Il avait déjà été montré que la pauvreté ne favorisait pas l’intelligence, parce que les ressources cérébrales sont trop préoccupées par les solutions à trouver pour vivre le plus décemment possible. Désormais, on se rend compte que sur le long terme, la pauvreté reste aussi difficile à supporter. 

Il avait déjà été montré que la pauvreté ne favorisait pas l’intelligence, parce que les ressources cérébrales sont trop préoccupées par les solutions à trouver pour vivre le plus décemment possible. Désormais, on se rend compte que sur le long terme, la pauvreté reste aussi difficile à supporter. © Nickolas Nikolic, Flickr, cc by 2.0

L’étude : au malheur des pauvres

Des données recueillies sur plus de 45.000 personnes ayant vécu en Allemagne entre 1992 et 2011 ont servi de base de travail aux trois chercheurs impliqués dans cette étude. Sur la base d’entretiens, les personnes devaient notamment faire état de leur satisfaction personnelle et de leur ressenti par rapport à leur situation économique. Des paramètres interférant avec les aspects financiers et le bien-être, comme le chômage, le deuil, le divorce, l’incapacité, le handicap ou la retraite, ont aussi été considérés.

Il ressort globalement de ces recherches qu’au cours du temps, le mal-être ressenti du fait de la perte de revenus se maintient au minimum 5 ans et plus. Certes, il existe quelques fluctuations, en fonction des situations et des sexes au cours du temps. Néanmoins, le manque d’argent génère un malheur dont il est difficile de sortir.

L’œil extérieur : crise économique, crise morale

On peut reprocher à cette étude d’être basée sur des critères subjectifs, à savoir que le bien-être n’a pas été évalué selon des données objectives, puisqu’il s’agissait de recueillir les impressions auprès des personnes concernées. En réponse à cette critique prévisible, les auteurs citent de précédents travaux confirmant la fiabilité d’une telle démarche.

Une telle étude devrait donner d’autant plus d’envies aux gouvernements de prendre le problème de la crise économique à bras-le-corps, car au-delà du seul impact sur la croissance d’un pays, il en va aussi du moral de ses habitants. Or chacun aspire au bonheur, probablement avant de rêver de richesse.

En septembre 2013, le classement des pays par niveau de bonheur établi par l’Onu selon six critères place par exemple la France en 25e position, juste devant l’Allemagne, mais loin derrière le Danemark, bon premier. Dans ce classement ne figure pas le Bhoutan, petit pays de 700.000 habitants vivant le long de l’Himalaya, où son ancien roi, Jigme Singye Wangchuck (sur le trône de 1972 jusqu’à son abdication en 2006) a créé en 1972 l’indice du bonheur national brut, considérant qu’il ne fallait pas juger d’un pays par sa productivité mais plutôt par le bien-être de ses habitants. Une philosophie à méditer.


Pourquoi une rubrique Science décalée ? Cette chronique hebdomadaire a pour ambition de montrer que la science peut aussi être drôle et inattendue, et surtout qu’elle brasse vraiment tous les domaines possibles et imaginables. Ainsi, on peut faire du sérieux avec du farfelu, et de l’humour avec des sujets à priori peu risibles. Chaque semaine donc, nous sélectionnons l’info la plus étrange ou surprenante pour vous la faire partager le dimanche, entre le fromage et le dessert.

Janlou Chaput, Futura-Sciences

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