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Géostratégie Africaine : voici pourquoi la France ne peut pas gagner une confrontation militaire directe avec le Cameroun, au Cameroun (Partie 3/5)

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Leçon de Géostratégie africaine n° 70

VOICI POURQUOI LA FRANCE NE PEUT PAS GAGNER UNE CONFRONTATION MILITAIRE DIRECTE AVEC LE CAMEROUN, AU CAMEROUN. Partie 3/5

De Jean-Paul Pougala

L'histoire démarre en 2007, lorsque le 6 mai Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir en France. Il promet tous azimuts qu'il va tuer dans l'oeuf la Françafrique. Il va prononcer un discours à Dakar le 26 juillet 2007 qui va tout changer. Pour les Africains, ce discours est une insulte. Mais pour beaucoup de stratèges africains, c'est plutôt une très bonne chose. Et ils ne vont pas rater une si belle occasion. Ils savent tous que Nicolas Sarkozy à Dakar a fait un faux pas. Et à force de se justifier, il est en train de se fragiliser. Pire, pour prouver qu'on l'a mal compris à Dakar, le président français va multiplier les gestes et les déclarations pour mettre les Africains à l'aise. Désormais, rien ne sera plus comme avant. Et ce sera paradoxalement ce discours qui va finalement être le point de départ d'une nouvelle libération de l'Afrique. En effet, lorsque le président français comprend qu'il a fait sans doute le plus grand faux pas de sa vie politique, il va chercher à se montrer plus humaniste que jamais avec les Africains. Il va abonder de messages gentils envers l'Afrique :

« Je sais que les Africains détestent les leçons de morale.»

« La France n'a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique (…) je vais procéder à la révision des accords de défense avec l'Afrique et ils ne seront plus confidentiels ».

C'est cette dernière phrase qui va allumer un clignotant à Yaoundé et Monsieur Sarkozy sera pris au mot. Dans cette situation de grande faiblesse, il devient pour le président Paul Biya ce que le président Gorbatchev en Union Soviétique avait été pour les Américains. Plus Gorbatchev voulait prouver aux Américains qu'il était un démocrate et plus ces derniers en profitaient pour l'affaiblir jusqu'à arriver à démanteler une partie du pays. Monsieur Biya comprend très vite qu'avec Sarkozy, son heure a sonné et qu'il peut finalement devenir un vrai président pour le Cameroun. Mais comment faire ? Puisqu'il avait promis de ne plus se présenter à la présidence du pays ? Peu importe, on va tenter le tout pour le tout.

En octobre 2007, sur les ondes de la radio publique française RFI, il jure que la modification de la constitution n'est pas à l'ordre du jour. Mais Nicolas Sarkozy aidant, les choses vont se précipiter à Yaoundé. Ainsi, le 31 décembre 2007, lors des voeux télévisés de Nouvel An à la nation, voici ce que déclare le président Biya :

"L'article 6.2, qui limite les mandats présidentiels à deux, constitue une limitation à la volonté populaire qui s'accorde mal avec l'idée même du choix démocratique (...) Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre Constitution qui mériteraient d'être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population"

La phrase est lâchée, la constitution sera modifiée pour permettre à Biya de briguer un nouveau mandat de 7 ans. C'est l'ambassadrice américaine à Yaoundé Janet Garvey qui est la première à déclamer son opposition face à cette éventualité. Ce sont les câbles rendus publics par Wikileaks qui vont nous révéler que Madame Garvey a passé toute l'année 2007 et le début de l'an 2008 à rencontrer un par un les membres du gouvernement camerounais pour les sonder et leur poser la même question sur l'éventualité de la succession de monsieur Biya. Ceci montrant bien son inquiétude de voir Paul Biya modifier la Constitution et se représenter. Pourquoi un pays dit ami peut-il à ce point s'intéresser à qui va gouverner ou non le Cameroun ? Peu importe. La musique est jouée et les acteurs vont tous entrer en scène et danser au rythme de la chanson démocratique entonnée par l'ambassadrice américaine à Yaoundé.

Désormais, ce sont les Camerounais de tout bord qui vont descendre dans la rue, et ce, jusqu'aux artistes qui vont jouer la musique du refus américain. Certains iront jusqu'à s'installer dans le hall d'entrée de l'ambassade des États-Unis pour une grève de la faim, secondant ainsi l'ambassadrice américaine et demandant donc au président Biya de ne plus se présenter. Le 23 février 2008, c'est le principal parti d'opposition qui organise une manifestation contre la modification de la constitution pour permettre à Monsieur Biya de se représenter à la présidence de la République. Jusqu'au 29 février, la grogne va gagner tout le pays, mais pour des motifs d'augmentation de 1% du prix du carburant.

Ce que les manifestants ne savent pas durant ces jours-là, c'est que l'avenir de Paul Biya et du Cameroun tout entier sont en train de se jouer à quelques milliers de kilomètres, plus au sud du pays. Nous sommes le 28 février 2008, devant le parlement sud-africain dans la ville du Cap, le président français Nicolas Sarkozy tient un discours devant les parlementaires sud-africains où il annonce officiellement la révision des accords militaires de la France en Afrique dite francophone. Il va encore déclamer sa phrase fétiche :

« La France n'a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique (…) je vais procéder à la révision des accords de défense avec l'Afrique et ils ne seront plus confidentiels ».

Son homologue sud-africain, le président en fin d'exercice Thabo Mbéki, va le remercier chaleureusement de cette annonce, mais il va ajouter une phrase assassine : « Cela fait partie de la suite du processus de décolonisation en Afrique ». Une déclaration qui constitue une véritable confirmation du fait que les pays africains, dits indépendants en 1960, ne l'ont jamais été. Et nous allons voir plus loin pourquoi. Mais pourquoi une telle annonce peut-elle changer l'avenir du Cameroun ? Et que feront les stratèges de Yaoundé ? Pour répondre à ces questions, voyons un peu d'histoire.

A suivre...

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