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Atelier de cryptographie, algèbre et géométrie: « Montrer que les mathématiques résolvent des problèmes de développement »

News Sur les Campus  Dschang, Ouest, Cameroun
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Pr. Daniel Tjeudjo, « Montrer que les mathématiques résolvent des problèmes de développement »

Le quatrième atelier annuel de cryptographie, algèbre et géométrie (CRAG – 4) se tient à l'Université de Dschang, du 21 au 25 juillet 2014. Le thème retenu cette année est : « Enjeux algébriques et géométriques pour le développement ». Enseignant à l'Université de Ngaoundéré, membre du comité d'organisation, le Pr Daniel Tjeudjo présente les objectifs et les enjeux de ce rendez-vous. Il souligne par ailleurs l'importance des mathématiques pour un pays comme le Cameroun.

Pr Daniel Tcheudjo
Pr Daniel Tcheudjo

Quels sont les objectifs de cette quatrième rencontre que vous organisez à l'Université de Dschang ?

L'un des objectifs est la vulgarisation de l'algèbre et de la géométrie. Nous voulons montrer au grand public que ces domaines des mathématiques ne sont pas si abstraits qu'on le croit. Ce sont des sciences qui ont beaucoup d'applications pour le développement. L'une d'elles, c'est la cryptographie : elle rassemble tous les outils pour garantir la sécurité des données. L'autre, c'est la modélisation des systèmes complexes : elle vise à traduire un problème physique en équations mathématiques et à utiliser les théories mathématiques pour la résolution desdites équations. L'autre objectif, c'est de vulgariser simplement les mathématiques. En cela, ce colloque est un point d'échanges. C'est pour cela qu'il y aura des cours de haut niveau et des communications sur les recherches effectuées par les participants.

Concrètement, comment va se dérouler le colloque ?

Les activités commencent le 21 juillet. Dès 8 heures, nous enregistrons les participants. A 09 heures, il y aura le premier cours, suivi à 10 heures 30, de la cérémonie officielle d'ouverture. Jusqu'au 25 juillet, nous aurons des cours pointus, lesquels seront donnés par certains d'entre nous (les membres du CRAG, Ndlr) et les personnalités invitées du Gabon (Tony Ezome), Sénégal (Abdoul Aziz Giss), de Madagascar (Patrick Rabarison) et des Etats-Unis d'Amérique (Christopher Thron). Il y aura aussi des communications sur des recherches menées. On a deux sous-thématiques : l'algèbre, la géométrie et la cryptographie constituent la première ; la modélisation et l'informatique constituent la seconde.

Sur la base de quoi avez-vous choisi vos conférenciers qui viennent de l'étranger?

Ce sont des scientifiques très brillants, jeunes et connus pour leur expérience et la qualité de leurs travaux. Ils sont dynamiques et veulent bien coopérer avec nous.

Quels sont les critères qui ont présidé au choix des participants?

Nous avons eu à peu près 150 candidats. La sélection n'était pas facile. Nous en avons retenus 75, dont les 3/5 sont des étudiants. Le premier critère, c'est qu'il faut être dans la thématique du colloque : algèbre, géométrie et leurs applications. Le deuxième critère, c'est le niveau d'études : il faut être au minimum doctorant. Nous les avons aussi choisis en fonction de nos moyens. Pour le Cameroun, les participants viennent de toutes les universités d'Etat, à l'exception de l'université de Yaoundé II. Pour l'étranger, on a des Sénégalais, des Tchadiens, des Nigérians et des Américains.

Qu'est ce qui explique l'absence des entreprises à ce rendez-vous, alors que vous prétendez aussi trouver des solutions pour elles ?

C'est un problème sérieux au Cameroun. Les entreprises n'ont pas encore véritablement compris que pour leur développement, elles doivent travailler avec les universités. Elles sont réticentes. C'est avec acharnement qu'on a pu accrocher quelques sponsors. C'est leur faute et pas la nôtre. Elles veulent des résultats concrets, sans vouloir investir.

Le problème n'est-il pas que vos travaux restent trop théoriques ?

Nous ne pouvons pas encore dire non. Mais il faut des moyens et des terrains d'application. C'est aux entreprises de venir nous voir pour poser des problèmes spécifiques. Nous allons leur répondre : voici comment vos problèmes ont déjà été théoriquement résolus et voici comment vous pouvez nous permettre de passer à la pratique. Nous continuons tout de même d'aller vers elles pour instaurer cette collaboration qui existe ailleurs.

Vous avez déjà tenu trois éditions de CRAG. Quels sont les résultats que vous pouvez partager avec la société ?

Nous avons des publications. Elles seront exposées pendant cette quatrième édition. Notre meilleur résultat est la modélisation du vote électronique. Les protocoles sont développés. Si par exemple Elections Cameroon (ELECAM) vient nous voir, on va mettre en œuvre cette solution que nous avons pu mettre sur pied. Les autres résultats attendent les moyens pour être implémentés.

Une certaine opinion tend encore aujourd'hui à faire croire que les mathématiques servent simplement à exercer les méninges. Les gens préfèrent par exemple aller faire l'informatique. Quel discours pouvez-vous tenir pour ramener les nouveaux bacheliers vers les mathématiques ?

Pour ma part, je pense que le fait que l'informatique se développe est une bonne chose. C'est bien que les jeunes aillent faire de l'informatique. Mais il ne faut pas qu'ils oublient que cette dernière est la fille des mathématiques. Faire de l'informatique, c'est aussi faire des mathématiques. Mais ils seraient plus performants, plus innovateurs, plus créateurs s'ils commençaient par les mathématiques. S'ils font l'inverse, ils ne seront là que pour faire ce qu'on fait déjà, ils ne seront que des tacherons. Il faut qu'on comprenne que les maths ne se feront pas sans l'informatique. Lorsque les deux sont mis ensembles, cela contribue véritablement au développement. Par exemple, la cryptographie est le résultat de l'association de l'algèbre, de la géométrie et de l'informatique. La modélisation, ce sont les méthodes algébriques associées aux méthodes informatiques. Les maths, c'est la science de demain. Elles interviennent partout. Un mathématicien peut travailler dans un hôpital, une pharmacie, une exploitation agricole, bref dans tous les domaines de la vie.

Il y a une réticence des filles à embrasser des études dans le domaine des mathématiques. Avez-vous pensé, dans votre groupe de recherche, à un programme spécial d'encouragement de la gente féminine ?

Les filles, quand elles font les mathématiques, les font très bien. Chez nous, il y en a très peu qui viennent dans cette discipline par rapport aux autres pays. Pourtant, la fille constitue la clé du développement. Dans notre groupe, on s'engage à mieux encadrer les filles, en leur accordant des facilités. Nous demandons aux parents d'envoyer les filles faire les mathématiques. Les organisations internationales comme l'Institut africain des sciences mathématiques l'ont compris, en accordant un quota d'accès aux femmes.

Quel est aujourd'hui le niveau des mathématiciens camerounais, si on doit les placer sur une échelle africaine ou mondiale ?

Les mathématiciens et informaticiens camerounais sont réputés en Afrique et dans le monde. Je voyage beaucoup. Quand on sait que vous venez du Cameroun et que vous avez fait les mathématiques, on vous respecte. On sait qu'au Cameroun, on fait de très bonnes mathématiques et de la très bonne informatique. Ce n'est pas un hasard si l'Institut africain des sciences mathématiques a choisi d'installer une de ses antennes à Limbe. Il y a beaucoup d'autres projets dans le domaine qui vont s'installer au Cameroun. /

Entretien mené par

HA, UT, MMF

Dschang, 19/07/2014 – UDs/SIC.

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