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Doit-on respecter la volonté des morts? Le cas de Charles Ateba Eyené

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Depuis la disparition brutale de Charles Ateba Eyené le 21 février 2014 au Centre hospitalier universitaire(Chu) de Yaoundé, certaines conjectures défendues au sein de l’opinion publique ont fait prévaloir la thèse suivant laquelle le défunt aurait laissé les dernières volontés. La principale volonté dont l’écrivain et homme politique iconoclaste incompris est auteur se résume à la phrase suivante: « Si je meurs, c’est Pascal-Charlemagne Messanga Nyamding qui organise mes obsèques ». Cette volonté est, d’ailleurs, répandue sur les ondes d’une radio urbaine de la capitale métropolitaine. 

Autre volonté non des moindres qu’aurait laissée Charles Ateba Eyené, c’est la liste des personnalités interdites d’assister à ses cérémonies funéraires, dont la date s’étend du 24 au 29mars 2014. Si la première volonté laissée par le défunt ne souffre d’aucune contestation tant elle est avérée; la seconde imputable à Pascal-Charlemagne Messanga Nyamding dans le journal *Le Soir* a été battue en brèche par le juriste socio-politiste qui, à travers un démenti, a obtenu la suspension de la journaliste auteur de l’article. 

L’analyse 

Que la première volonté soit marquée du sceau de la véracité ou que la seconde soit teintée de fausseté, le débat reste et demeure sur: *Doit-on respecter la volonté des morts?* Tout est tributaire, à ce sujet, de la nature du testament du défunt, des dernières volontés consignées dans un document dûment légué à l’environnement familial ou des dernières paroles prononcées par le défunt en présence de sa progéniture. Il y a, en réalité, des personnes ou des personnalités qui, de leur vivant, s’organisent et informent leur entourage immédiat des prescriptions à respecter scrupuleusement lors de leurs obsèques. C’est notamment le cas, la litanie n’est pas exhaustive, des individus qui demandent, à travers leur dernière volonté, que la famille les enterre immédiatement après le décès dans le caveau familial. Il y a certains qui consignent, dans leur testament, que la famille ne conduit pas leur corps dans une morgue d’un hôpital déterminé. Une autre catégorie de personnes exige que la famille n’achète pas le cercueil, mais qu’elle enfouit plutôt le corps dans un drap blanc et l’inhume par la suite.Le cas le plus récent vécu le 8mars 2014 à Akok Bekoé dans la Mefou et Akono est celui de Clément Obouh Fegué, ancien Directeur général de la Société nationale des eaux du Cameroun(Snec), qui, à la lumière de ses volontés, a manifestement refusé les obsèques officielles au profit des obsèques simples. Chaque fois qu’une personnalité de cette envergure rend l’âme, elle a droit, en effet, aux obsèques officielles organisées par l’Etat camerounais qui, au cours de la randonnée funèbre, délègue un représentant du Chef de l’Etat. Mais le patriarche des Etenga à, de son vivant, recommandé à son épouse de décliner l’offre de l’organisation des obsèques officielles. Toute chose à laquelle sa veuve et sa famille ont souscrit. 

Autre cas et non des moindres, celui de Pierre-Roger Lambo Sandjo, plus connu sous le nom d’artiste de Lapiro de Mbanga Ndinga man. Décédé le 16 mars 2014 aux Etats-Unis, l’auteur du titre à succès *Mimba we* a, selon des sources médiatiques, refusé d’être inhumé au Cameroun. L’artiste-musicien engagé a, contre toute attente et selon sa dernière volonté, choisi la carte de l’incinération de ses restes au pays de l’oncle Sam. Médusée et exaspérée, sa famille à Mbanga accréditera-t-elle cette logique? Rien n’est moins sûr tant les langues se délient déjà pour réclamer le retour de la dépouille de Lapiro de Mbanga à Mbanga. 

Ce procédé explicatif et analytique incline à soutenir la thèse du respect de la volonté des morts. Au cours du cycle vital, chaque individu devenu majeur et ayant fondé une famille (femme, enfants, etc.) a droit, en toute âme et conscience, de consigner, dans un document, ses dernières volontés destinées à être suivies à la lettre lors des obsèques. Au plan anthropologique, la volonté d’un mort est sacrée, voire sacralisée et mérite un respect strict. Sous peine d’éventuelles représailles. 

Le Cas de Charles Ateba Eyené 

Ce déroulé argumentatif m’incite, d’ores et déjà, à statuer sur le cas de Charles Ateba Eyené. Plus de trois semaines après son décès, il est avéré que le membre suppléant désigné du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais(Rdpc) a publié sa volonté sur un espace radiophonique*Amplitude Fm*, en l’occurrence. **Si je meurs, c’est Messanga Nyamding qui organise mes obsèques**, clamait-il de son vivant sur cette chaîne. Alors questions: Cette parole énoncée du défunt sur une radio locale est-elle consignée dans un document dûment laissé à sa famille? Cette parole du mort amplement relayée sur l’espace public est-elle insérée par écrit dans les dernières volontés d’Ateba Eyené? L’écrivain et homme politique a-t-il, de son vivant, défendu et soutenu ce propos devant sa progéniture et, partant, devant ses oncles, neveux, tantes et sa mère? Et même si la réponse à ces questions est affirmative, un ami fût-il meilleur peut-il se prévaloir de l’organisation des obsèques d’un mort alors que ce dernier appartient à une famille, dont la mère, les oncles, les tantes, les neveux, les nièces et les enfants vivent encore? En réalité, quelle que soit la corrélation existant entre Ateba Eyené et Messanga Nyamding, ce dernier, en tant qu’ami cher au défunt, a l’insigne honneur d’apporter sa contribution à l’organisation de ses obsèques. Mais il ne saurait faire office de principal organisateur des rituels funéraires d’Ateba Eyené. Seule la famille est l’interlocutrice valable à cet effet. Heureusement Messanga Nyamding l’a compris in extremis. 

Par Serge-Aimé Bikoï,
Sociologue et enseignant des Instituts privés de l’enseignement supérieur.

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