Ils se sont rencontrés très jeunes et s’aiment toujours

Magazine Hommes & Femmes  
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Leur premier véritable amour a été leur grand amour. Le seul, l’unique. Leur couple, formé sur les bancs du collège ou du lycée, dure depuis des années. A l’époque des unions express, et des mariages qui finissent pour un sur trois par un divorce, les amoureux au long cours surprennent. Et prouvent que l’amour unique n’est pas toujours qu’un mythe.

« La première fois que je l’ai vu, ça a été un coup de foudre immédiat. J’avais 14 ans, lui, 20. J’ai tout de suite eu la sensation que c’était l’homme de ma vie et le futur père de mes enfants ».

Depuis leur rencontre, il y a quatorze ans, Sissi et Fred ne se sont jamais quittés. Ils envisagent aujourd’hui d’avoir un bébé. Leur premier amour s’est révélé être leur grand, leur unique amour. Comme eux, nous connaissons tous des couples qui se sont rencontrés jeunes, sur les bancs du collège, du lycée, de la fac… et qui, dix, vingt, trente ans plus tard, sont toujours ensemble. Des duos forçant l’admiration, à l’époque où les couples durent en moyenne quatre ans, et où un mariage sur trois finit par un divorce. Mais qui suscitent aussi de nombreuses interrogations : qui sont ces amoureux qui choisissent de ne connaître et de ne se consacrer qu’à un seul homme ou une seule femme au cours de leur vie ?

Unis par un même projet : construire une famille

« L’amour unique, c’était pour moi un idéal, raconte Louis, 28 ans, en couple avec Fanny depuis huit ans. En le vivant, je me rends compte qu’il s’agit également d’un grand privilège : celui d’avoir pu rencontrer tout de suite la femme de ma vie, à une époque où il est parfois difficile de tout simplement rencontrer quelqu’un ».

Parmi les amoureux au long cours, beaucoup confient avoir toujours été animés par l’envie de construire un couple pour la vie.

Pour la psychologue clinicienne Maryse Vaillant, un couple longue durée n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard.

« Ces personnes qui se rencontrent tôt avaient souvent une idée bien précise d’un grand amour, d’une relation stable. Mais ce qui amène ces couples à durer, au-delà de ce désir d’un amour unique, c’est surtout celui de former une famille unie. L’âme sœur, on peut passer sa vie à la chercher, et ce faisant, faire des expériences amoureuses malheureuses. Lorsque l’amour résiste aux épreuves du temps, c’est que quelque chose de plus fort fait dépasser les déceptions. Nous ne sommes plus dans le fantasme du grand amour, mais dans une volonté de construction. »

Un besoin de réalisation personnelle secondaire

Morphée, l’une de nos psychonautes, vient de fêter ses vingt ans de mariage avec son compagnon. Elle avait 17 ans lorsqu’ils sont tombés amoureux, lui, 21.

« Nous avons toujours fait passer notre famille avant nous-mêmes, raconte cette mère de quatre enfants. Aujourd’hui, nous commençons à prendre du temps pour nous ».

« Le projet de vie de ces couples est écrasant, explique Maryse Vaillant. Il est plus important que les personnes elles-mêmes. Alors ne faisons pas de ces couples un modèle de réalisation personnelle. Celle-ci passe en second plan ».

Pour certains amoureux de longue date, point de salut en dehors de leur couple. Pour Sissi, par exemple :

« J’ai parfois l’impression que nous ne formons qu’un. Nous sommes très fusionnels, nous avons besoin d’être ensemble. C’est à la fois une force et une faiblesse, d’ailleurs : nous ne pourrions pas vivre l’un sans l’autre. C’est mon ami, mon amant, mon amour, mon frère même ».

Connaître sexuellement un seul homme, une seule femme

« Il y a souvent, chez ces couples, un attachement presque fraternel, confirme Maryse Vaillant. Chez eux, la dimension sexuelle n’est pas première, sinon, cela donne plutôt des expériences plurielles. Chacun a sa flamme : certains cherchent à exister, à désirer, à transgresser, à jouir… Eux, cherchent à durer ».

La plupart n’ont d’ailleurs connu sexuellement qu’un seul partenaire. Et confient s’en satisfaire pleinement. Ne pas (trop) penser aux autres partenaires qu’ils auraient pu avoir.

Emmanuelle, la trentaine, en couple depuis l’âge de 15 ans, décrète, elle, ne jamais y penser :

« comme dit mon mari, je préfère voir le film en entier plutôt que de me contenter de regarder les bandes annonces ».

« Bien sûr, il m’est arrivé de me demander comment je réagirai à 80 ans, à l’idée de n’avoir fait l’amour qu’avec un seul homme dans ma vie, tempère Sissi. C’est sans doute de la curiosité. Mais ensuite, je le regarde et je sais que je ne me trompe pas. Je n’aurais peut-être connu que lui, mais ça en aura valu le coup ».

Aimer une seule personne dans sa vie ?

Mais peut-on réellement se satisfaire d’une seule et même personne tout au long de sa vie, alors que le désir est par essence fluctuant ?

« Le désir est fluctuant, mais l’amour, non, répond Maryse Vaillant. On peut tout à fait n’aimer qu’une seule personne toute sa vie, comme on peut en aimer plusieurs successivement, ou en même temps. Ce qui préside à l’amour, c’est notre histoire, notre enfance, ce qui nous a manqué … ».

Pour la psychologue, les amours longue durée répondent parfois à des blessures affectives communes. Si certains de ces couples se sont construits par identification à leurs parents, à un modèle familial ou social, d’autres rassemblent des enfants de familles désunies, éclatées…

« Etant fille de parents divorcés, j’avais envie de construire la famille que je n’avais pas eu enfant »,

relate Sissi.

« Il y a l’idée d’une réparation, d’une reconstruction de quelque chose qui leur a été volé : la stabilité et le bonheur que peut représenter une famille »,

ajoute Maryse Vaillant.

De la nécessité de faire des compromis

Pour atteindre cet idéal familial, les amoureux au long cours sont prêts à de nombreux compromis. Et il en faut pour partager la vie de la même personne pendant des années. Surtout que les obstacles sont nombreux : routine qui s’installe avec le temps, crises, baisse du désir, voire infidélité d’un côté ou de l’autre…

« Il y aura forcément des compromis à faire, des coups de canif dans le contrat, des couleuvres à avaler, analyse encore Maryse Vaillant. Cela demande de l’intelligence et de la volonté de part et d’autre. On ne peut pas être dans l’idéalisation de l’autre pendant cinquante ans ».

Et qu’en est-il de l’ennui, qui risque de s’installer au fil des années, chez ces couples qui ont grandi et tout partagé ensemble ?

« Ces amoureux ne le craignent pas. La monotonie, ils en ont souvent manqué dans leur enfance, parfois bousculée par les disputes et les crises. L’inconnu, le risque, les effraient bien plus. Mais leur principale crainte, c’est de ne plus être aimés. C’est pour cela qu’ils sont prêts à limiter leur propre désir pour laisser de la place à l’autre, au couple ».

Une volonté de ne pas se séparer

Prêts aussi à tout mettre en œuvre pour que leur couple perdure. Alexandra, 48 ans, trois enfants, est avec le même homme depuis 32 ans. Mais leur couple traverse actuellement une grave crise suite aux infidélités répétées de son mari.

« Pendant des années, nous avons vécu de façon "tranquille", installés dans un amour un peu « pépère ». Quand j’ai appris que mon mari me trompait, tout mon univers s’est effondré. Le socle sur lequel je m’appuyais depuis mes 17 ans a vacillé ».

Pour autant, Alexandra n’envisage pas de quitter son compagnon.

« La longévité de notre couple amplifie sans doute la souffrance, mais c’est peut-être aussi ce qui va le sauver. Nous voulons y croire encore : nous avons vécu tellement de bonnes choses ensemble. Nous avons aussi réalisé que ce qui fait durer un couple, c’est le dialogue. Dans ces années difficiles, nous ne nous parlions plus vraiment. Nous avons recommencé ».

Le couple qui dure face au couple kleenex

L’éclairage de Maryse Vaillant :

« De nombreux couples vivent ensemble depuis des décennies, sont mariés depuis plus de 50 ans. Mais on les oublie souvent car ils vivent à la campagne et sont vieux. Le couple kleenex, "hormonal", qui ne dure que le temps du désir, est, lui, un phénomène récent : il concerne des couples urbains, jeunes, qui évoluent dans l’effervescence d’une société moderne citadine, active ».