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Léonora Miano: "J'ai voulu écrire ce qui n'est pas dans les livres et les manuels"

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Elle participait au Salon du Livre de Besançon: Les mots Doubs. Elle a bien voulu nous parler de son nouveau roman "La saison de l'ombre". 

Que vous êtes productive! Combien de romans déjà à votre actif? 
C'est mon septième roman mais mon douzième ouvrage publié. J'ai eu envie ici d'explorer l'impact de la traite négrière transatlantique sur les populations africaines, celles qui sont restées sur place, l'impact de cet événement historique d'un point de vue humain profondément sensible. Nous avons bien sûr conscience d'avoir perdu des personnes qui ont été déportées, d'avoir perdu leur énergie, leur force et leur vitalité. Mais je crois qu'on ne réfléchit pas véritablement au sentiment de perte qui a été celui de leurs proches. Quand on parle de trafic négrier, on a toujours l'impression que c'est très abstrait ; on oublie que c'est arrivé à des personnes sociales et sociables qui avaient une famille. Ce roman raconte cette histoire, mais du point de vue de ces familles qui, un jour, vont s'apercevoir que des gens ont disparu. Comme on est en Afrique équatoriale et loin des côtes, ces gens n'ont aucune idée que la traite existe. Ils constatent simplement qu'il y a des gens qui ont disparu dans le village, et nul ne sait pourquoi. Le lecteur saura avant eux que ces gens ont été capturés par des voisins, et acheminés vers la côte. Tout le roman est construit sur la détresse intime de ceux qui sont restés. C'est un roman qui nous montre aussi toutes les formes de résistance qui ont pu exister, des formes de résistance fragiles, mais que je trouve quand même puissantes, comme toutes ces personnes qui se sont suicidées parce qu'elles ne voulaient pas être déportées, des gens qui sont morts parce qu'ils refusaient de marcher vers la côte, et des gens qui ont tout simplement fui la capture, et recréé ailleurs au autre espace de vie. C'est un roman qui parle de la fin d'un monde, mais aussi de la création d'un nouveau monde.

© journalducameroun.com 
Léonora Miano auteur de "La saison de l'ombre"

N'est ce pas là une occasion que vous avez enfin donnée à ceux qui ont subi autrement cette traite de s'exprimer?
Nous avons nous-mêmes souvent ce défaut. Les Subsahariens ont oublié l'impact que cette traite a eu sur eux. Mon objectif a été de raconter cette histoire du point de vue de ces Subsahariens. Toute l'histoire est vue à travers leur regard. Le roman prend soin de restituer la spiritualité, les croyances, la vision du monde, toute la mythologie de ces populations, leurs rites; une large place est faite aux cultures bantous telles qu'elles existaient avant la colonisation, parce que c'était le monde de ces personnages. [...]

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