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Paiement des droits sociaux: Des ex-employés déchantent à la banque

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Paiement des droits sociaux: Des ex-employés déchantent à la banque – Drame: Quand l’Etat tue ses vieillards… 

yaounde

L’annonce du paiement… enfin… de leurs droits sociaux après plus de deux décennies avait été faite en grande pompe par les médias à capitaux publics notamment la Crtv dans ses différentes éditions du journal la semaine dernière. Un communiqué lu plusieurs fois invitait alors ces ex-employés à se rendre pour certains à la Cameroon postal services (Campost) afin d’entrer en possession de leurs dus. D’autres devaient au préalable, passer par une opération d’identification. Ces derniers pleins de projets, goûtaient d’avance aux délices de toucher cet argent attendu depuis 25 ans pour certains. L’espoir était alors permis. Parce que pensaient-ils : finie la très longue attente ! Finis également les nombreux sit-in sous un soleil ou la pluie devant le ministère des Finances à Yaoundé où, ils se retrouvaient en leur qualité de membres du Collectif des ex-employés des 48 sociétés d’Etat liquidées ou restructurées depuis 1988 pour revendiquer leurs droits.

Notamment, le «paiement intégral et immédiat des droits sociaux à savoir la prime de reconversion instituée par le chef de l’Etat Cf n°007/Cab/Pr du 04 novembre 1988. Et le reliquat de ces droits», précisait David René Mounkondo, président du collectif, dans une précédente édition de votre journal. Espoir déçu quand il a fallu passer à la caisse. «On prétend nous donner un demi (1/2) mois ; je ne sais même pas si cela existe dans le Code du travail camerounais», s’insurge un ex-employé de l’Office national de commercialisation des produits de base (Oncpb) dissoute en 1991. «Je suis très malheureux », confie-t-il avant de geindre : «on traîne des vieillards pour des miettes. On sait qu’ils ont volé… qu’on nous paie notre argent, on a travaillé pour mériter cet argent ». En ce qui le concerne, cet ex-employé contraint au chômage après la fermeture de l’entreprise qui l’employait, a droit à 2millions 400mille Fcfa. Et quelle n’est pas sa surprise lorsque rendu au lieu de paiement-comme beaucoup de ses pairs, il s’entend dire que pour cette première tranche, il ne devra percevoir que 100 000 Fcfa, le reste devant être payé après les élections. Une insulte, selon les concernés, quand on sait qu’ils attendent cet argent depuis des lustres. Certains d’entre eux sont morts dans le dénuement. 

Courroucés par ce revirement de situation, certains ont choisi de se reverser dans la rue pour dénoncer la manipulation. Ainsi, on apprend qu’ils ont de nouveau investi le ministère des Finances en fin de matinée. Malgré cette déconvenue, certains saluent l’attitude d’Alamine Ousmane Mey, ministre des Finances qui a eu le courage de régler ce problème enfin. « Plusieurs ministres sont passés sans rien faire à ce sujet », rappellent-ils pour justifier cette posture. 

Nadège Christelle BOWA 

Drame: Quand l’Etat tue ses vieillards… 

Déjà trois morts enregistrés dans les rangs des ex-employés des sociétés d’état privatisées ou liquidées venus à la demande des pouvoirs publics percevoir un dû qu’ils réclament depuis 25 ans pour certains. 

Mitsi Selma né le 04 juillet 1948 ; 1m60 et, ex-employé de la Mission de développement des cultures vivrières (Mideviv), ne percevra plus son argent. Le sexagénaire est décédé dans des conditions tragiques aux aurores du 17 septembre 2013 à Yaoundé. « Il est sorti pour venir toucher son argent. On entend seulement que cela ne va pas…Hier la Crtv est venue leur demander de s’aligner pour les filmer et aller montrer à la télé qu’on les paie déjà. Après le départ des caméras, il y a eu une bousculade. C’est comme ça qu’il a reçu un choc et s’est retrouvé à l’hôpital », raconte le fils du défunt en colère. Le vieillard n’a pas survécu. « On lui a placé la perfusion, ça n’allait pas, il était dans le coma. Il a passé la nuit là-bas et à 6h [ce 17 septembre 2013, Ndlr], la maman nous appelle qu’il est mort », poursuit ce fils, devenu « bensikineur », faute de moyens pour continuer ses études. 

«Si depuis mercredi [11 septembre 2013, Ndlr], il touchait son argent, cette situation n’allait pas arriver », ajoute encore le fils du défunt qui soutient que son père s’est déporté à Yaoundé, il y a deux semaines à la suite d’un communiqué des pouvoirs publics, percevoir la somme qui lui est due dans le cadre de la prime de reconversion. Laquelle est le fruit d’une décision du chef de l’Etat en 1988, prise pour désintéresser les employés des sociétés d’Etat liquidées ou privatisées, mis au chômage. « Il ne souffrait de rien. Mais un vieux n’est pas un jeune qu’on balance n’importe comment», s’insurgent ses camarades de galère. Assis pour certains à même le sol, tous attendent le cœur tourné vers la porte de la Scb-Cameroun non loin de la Primature. 

D’autres encore se disputent avec des agents de la police armés de matraques. Un camion anti-émeute est garé non loin au cas où, fallait-il mater des vieillards ? La tension est perceptible. D’autant plus que les parties viennent de se disputer la dépouille de Mitsi Selma ramené sur les lieux par ses camarades. « Il est mort ici. Il faut que la banque s’en occupe », justifient-ils. Une scène « ignoble», d’après un ex-employé : « quelqu’un meurt sans écorchure. Mais cadavre, il se retrouve avec des écorchures parce que la police discute le cadavre, c’est ignoble». Dans cette foule compacte, chacun veut faire entendre sa voix. On signale deux autres cas dont une dame décédée dans les mêmes conditions dans une agence d’une banque de la place. Un certain Mohammed serait actuellement hospitalisé après s’être écroulé, un moment avant l’arrivée du reporter sur les lieux. « Je suis diabétique. Je suis parti de Bafang en prêtant 5000 Fcfa qui n’ont suffit que pour mon transport. J’ai faim, j’ai soif et pourtant je n’ai même pas 50 Fcfa pour boire de l’eau », laisse entendre un homme dont les lèvres sont sèches et fendillées. « On pensait que c’était la fin du calvaire, mais là, c’est le cauchemar », philosophe son compère. 

Des incongruités dans le contrat 

Outre ces déboires, fruits d’une mauvaise organisation sans doute, les ex-employés des 48 sociétés d’Etat liquidées ou restructurées subissent une « arnaque ». « Est-ce qu’il existe demi mois au Cameroun ? », interrogation d’un vieillard surpris et irrité. « C’est un tiers (1/3) de ton salaire qu’on te donne sur les 12 mois représentant la prime de reconversion », rectifie son camarade. Et d’expliquer «si quelqu’un a droit à 500 000 Fcfa et qu’on lui remet 92 000 Fcfa qu’est-ce que cela représente? C’est pourtant ce qu’on nous fait subir». Un autre de renchérir : « Tu quittes le Nord, on vient te donner 15 000Fcfa, on nous prend pour des imbéciles », poursuit-il en brandissant un contrat dénommé : « Protocole transactionnel ». Le document « sans entête, ni signature, ni cachet est celui qu’on veut nous faire signer avant de récupérer notre argent, c’est dommage ». Il lie de manière individuelle, l’Etat du Cameroun (Ministère des Finances) aux ex-employés. Son objet : « procéder au règlement à l’amiable et définitivement de la dette sociale, notamment la prime de reconversion due aux ex-employés des 48 sociétés d’Etat (art1) ». 

L’Etat s’engage peut-on y lire « à payer à l’intéressé(e) un montant correspondant à trois mois de salaire de base au titre de la prime de reconversion et pour solde de tout compte». Autres incongruités relevées par les intéressés l’article 4 dudit contrat portant sur l’« autorité de la chose jugée du protocole ». Cette disposition stipule que : « le présent protocole intervenu librement entre les parties, vaut transaction au sens de l’article 2052 du Code civil aux termes duquel les transactions ont, entre les parties, l’autorité de la chose jugée en dernier ressort. Elles ne peuvent être attaquées pour cause d’erreur de droit, ni pour cause de lésion. Il emporte renonciation à tous les droits, actions ou à quelques titres que ce soit entre les parties. A cet effet, toute revendication ultérieure, individuellement ou collectivement, à la perception intégrale du montant sus-indiqué expose l’intéressé(e) à des poursuites judiciaires ». Un ex-employé d’analyser : « donc il nous vole et on ne peut même pas se plaindre ». 

Nadège Christelle BOWA

Le Messager, Sep 18th, 2013

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