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Cameroun - Université des Montagnes - Ambroise Kom: «La rançon paradoxale de la réussite»

News Sur les Campus  Bangangté, Ouest, Cameroun
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Le vice-président de l'UdM pense que le prix à payer pour s'être situé au peloton de tête des institutions publiques et privées intervenant dans le domaine de la formation médicale ne doit pas être la fermeture de l'université. 


 

Comment réagissez-vous à ce courrier du ministre de l'Enseignement supérieur qui vous menace de retrait de l'agrément pour l'enseignement de la médecine? 

Il paraît que cette lettre fait suite à une réunion qui aurait eu lieu au Minesup pour la signature d'un contrat cadre avec les établissements privés intervenant dans le domaine. Nous devons être clairs: l'Université des Montagnes (UdM) n'a jamais été invitée à pareille cérémonie et nous n'en avons jamais eu une connaissance préalable. 

Mais à tout seigneur, tout honneur; je voudrais redire combien l'Université des Montagnes est reconnaissante au Professeur Jacques Fame Ndongo de l'attention qu'il lui a accordée dans ses démarches réglementaires et de l'accompagnement qu'il lui a procuré au cours des dernières années. C'est bien grâce à Monsieur le ministre de l'Enseignement supérieur actuel que l'UdM en était arrivé depuis au moins deux/trois ans à fonctionner dans une certaine sérénité et de travailler dans l'harmonie pour l'évaluation et la diplomation de ses étudiants, en collaboration avec l'Université Paul Sabatier de Toulouse (France) en particulier. 

Cela étant, nous savons que l'homme politique doit constamment jouer aux arbitres entre les contradictions sociales et tes forces centrifuges qui traversent toutes les sociétés humaines. Cependant nous avons été passablement surpris de la menace du retrait d'agrément reçu du Minesup alors que nous avions écrit pour demander une audience dans le but de dialoguer avec monsieur le ministre sur les nouvelles conditions de formation des étudiants des premières années d'études médicales. Nous sommes encore en train de méditer le sens et la portée réelle dudit courrier. S'agit-il d'une injonction qui signifie que les portes du Minesup nous sont désormais closes ou plutôt d'une projection dans le futur, de l'annonce de ce qui pourrait arriver? 

Dans tous les cas, l'Udm a toujours été et demeure une institution citoyenne, respectueuse des lois et règlements de la République. N'oublions cependant pas qu'il s'agit d'une entreprise privée fondée sur un concept mûrement réfléchi. L'État a frappé à nos portes en juin dernier et nous a annoncé son désir de réguler de plus près le secteur. Nous pensons qu'il s'agit d'une préoccupation on ne peut plus légitime. Pour autant, nous croyons que les fondements pédagogiques, scientifiques, éthiques et socio-économiques de l'Udm méritent d'être préservés. Et c'est pour cela que nous voulons trouver un terrain d'entente avec le Minesup qui a fait une irruption totalement inattendue dans la fixation des frais de scolarité par exemple. 


Comment allons-nous gérer sur un même campus des étudiants qui paient des taux de scolarité différents pour les mêmes formations? Veut-on pousser l'UdM au suicide? 

L'UdM paie comptant ses créanciers et ses fournisseurs de service, système totalement différent du modèle étatique. L'État est libre de financer les études de certains citoyens si telle est sa volonté. Mais ne se¬rait-il mieux de subventionner directement les intéressés et de leur permettre de compléter les¬dites allocations pour payer les frais requis à l'UdM ? Le Professeur Jacques Fame Ndongo nous rappelle sans, cesse qu'il nous faut niveler par le haut. L'UdM ne fait rien de moins ainsi que l'a reconnu la Commission Sosso. Nous ne pensons tout de même pas que le prix à payer pour s'être située au peloton de tête des institutions publiques et privées inter¬venant dans le domaine doit être la fermeture de l'UdM. Ce serait la rançon paradoxale de la réussite. 


L'Udm est une idée qui est née et qui a prospéré. Racontez-nous l'histoire... 

L'Université des Montagnes est une initiative de la société ci¬vile camerounaise portée par l'Association pour l'Education et le Développement (Aed), association regroupant en son sein des professionnels de tous horizons, médecins, professeurs d'université,ingénieurs, avocats, architectes, administrateurs, fonctionnaires, bref de hauts cadres de la société camerounaise. Elle est née autour des années 1990 pour répondre à une multitude de problèmes, entre autres celui de l'offre de formation dans les filières de la santé. A l'époque, c'est-à-dire, dans les années 1990, pour un pays qui s'en allait tranquille¬ment vers les dix-huit millions d'habitants, nous avions une seule école de médecine qui formait à peine soixante-dix médecins par an; ce qui était ridicule. 

De plus, il n'y avait pas du tout de formation en pharmacie, en chirurgie dentaire, en médecine vétérinaire, etc. Du reste, il se trouve que dans toute la région Afrique Centrale il n'y avait pas de formation de pharmaciens. Telles sont les premières raisons qui ont justifié la création de l'Université des montagnes et le choix des filières à privilégier, à savoir les filières des Sciences de la Santé avec notamment la recherche sur les plantes médicinales et les filières technologiques avec l'accent sur l'ingénierie biomédicale. 

Par ailleurs, il faut relever qu'en ces années 1990, le Cameroun entrait profondément dans la crise économique; aussi bien l'Etat que les parents n'étaient plus en mesure de prendre en charge les frais d'études à l'étranger. De plus, à cette même époque, il y avait dans les pays européens et même africains de moins en moins de places réservées aux enfants d'autres nationalités du fait du «numérus clausus» qui faisait que le nombre des étrangers était très limité. 

L'Université des Montagnes est venue comme à point nommé pour offrir une alternative à tous ces enfants face à cette situation de restriction de l'offre de formation en sciences de la santé. Une fois la décision prise de mettre sur pied l'UdM, il a fallu résoudre la question des moyens constitués dans un premier temps des cotisations des membres et des frais de scolarité. A ces moyens, certes modestes au début, il faut ajouter l'apport massif de la diaspora camerounaise et son réseau de relations en Europe et en Amérique. 

Sur le plan pédagogique, nous avons pris toutes les dispositions pour nous assurer de la qualité de la formation offerte. Et quand l'expertise locale faisait défaut, nous n'hésitions pas aller chercher à l'étranger par le biais des partenariats que nous avons noués tant avec les universités africaines qu'européennes. Comme on le sait, au fil des années, le résultat s'en est trouvé probant, au regard de la qualité des diplômés que l'UdM met sur le marché de l'emploi à la satisfaction des parents, des organismes internationaux et de l'Etat lui-même qui en a massivement recruté. 


Vous n'arrêtez pas de parler de Modèle UdM. Décrivez-nous ce modèle. 

Le modèle de l'UdM repose sur trois valeurs fondamentales : la qualité du recrutement à l'entrée, la gouvernance financière et l'apport de la diaspora camerounaise. 

S'agissant du recrutement, il s'est toujours fait à l'UdM sur la base du mérite, au travers' d'un processus absolument transparent où tout se fait sous anonymat depuis la fin des épreuves jusqu'à la délibération ; l'anonymat n'étant levé qu'une fois la barre tirée en fonction du nombre de candidats à recruter. C'est dire que nous n’avons pas d'autres préoccupations que le mérite des candidats. Naturellement, pour tout candidat reçu nous nous assurons qu'il y a dans son dossier la preuve qu'il est titulaire d'un baccalauréat ou d'un GCE Advanced level, mais aussi ses bulletins de Première et de Terminale, question de nous faire une petite idée de son parcours dans le secondaire. 


Le principe de l'anonymat est de rigueur lors des examens tout au long du cursus de l'étudiant à l'UdM. 

Quant à la gouvernance financière, il convient de rappeler que l'UdM est la création d'une association à but non lucratif. C'est dire que les frais de scolarité qu'elle perçoit sont totalement réinvestis dans le coût de la formation. Il n'y a donc pas de dividendes versées à qui que ce soit au titre de son appartenance à l'association. Tous les excédents dégagés après le règlement de nos charges sont réinvestis dans le développement de l'institution. 

Enfin l'apport de la diaspora et son réseau de relations en ressources humaines, en équipements et expertises diverses constitue le troisième pilier de notre modèle. La Structure de nos frais de scolarité a toujours tenu le plus grand compte de ces contributions pour apporter à notre jeunesse une formation de qualité à un coût raisonnable. 

Nous sommes en définitive une institution de droit privé dont le management doit tenir le plus grand compte de la compétitivité en s'attachant des employés hautement performants et des installations pédagogiques à l'efficacité avérée. Un de nos objectifs prioritaires est d'offrir localement des formations que de nombreux camerounais (e)s sont tentés d'aller chercher à l'étranger. Nous croyons modestement que si un organisme comme l'Agence Française pour la Développement (AFD) s'est intéressée à notre modèle et nous encourage à le consolider et à le pérenniser, c'est bien parce que ses experts estiment que notre projet est de nature à détourner de nombreux Camerounais(e)s de l'exil pour des raisons de formation. Il s'agit là d'un des points d'orgue qu'ont souligné les experts en charge de notre dossier de prêt. 

Nous sommes donc soumis à des exigences de qualité et de recherche d'excellence même si nous nous évertuons constamment à trou¬ver un équilibre entre cette recherche de l'excellence et l'accessibilité du moins nanti aux formations dispensées. 


Vos positions sont radicales. Et si le gouvernement mettait ses menaces à exécution? 

Je ne sais pas ce que vous entendez par «positions radicales» dans le cas d'espèce. Car si nous l'étions un tant soit peu, il y a belle lurette que nous aurions cessé d'être. Je dois vous rappeler que l'UdM est une institution gérée par des professionnels de l'enseignement supérieur qui ont fait leurs preuves ici et même sous d'autres cieux. Il est possible que vous ne compreniez pas que l'Université est un espace du doute et du débat dialectique mais qu'en définitive ce qui compte est le triomphe des valeurs du vrai, du bien, du beau et du juste. 

Avec les autorités du Minesup comme avec nos interlocuteurs de par le monde, nous recherchons essentielle¬ment un terrain d'entente dans le respect des identités respectives des uns et des autres. Nous ne sommes ni une institution publique ni une institution de type commercial. Notre modèle est sans doute nouveau et peut-être singulier mais il s'agit d'une construction originale offre à notre pays pour son développement. Nous opposer d’autres étiquettes serait nous refuser le droit à l'innovation au ris sue de chercher à s'enfermer dans des certitudes qui peuvent être sclérosantes. Dans un environnement de rareté, notre modèle pédagogique a fait ses preuves. 

Après treize ans de fonctionnement satisfaisant pour tous et de qualité unanimement reconnue, comment comprendre les brusques menaces contre l'UdM ? Fixer les frais de scolarité en études médicales à 600000 FCFA dont 50000 CFA payés, par l'étudiant, 550000 CFA alloués par l'État (les 400000 CFA par étudiant de frais d'équipement étant versés à titre exceptionnel en 2013/2014), alors que le CAMES évalue le coût de la formation à 1200000 CFA sans les charges salariales et les investissements, revient à pousser l'UdM à la faillite et à la contraindre à se fermer elle-même. L'Etat veut-il ainsi se dédouaner et reporter sur l'UdM la responsabilité et les conséquences de cette éventuelle fermeture? 

Par ailleurs, il est inimaginable que l'Etat se prive de l'apport d'une institution qui l'aide à accomplir ses missions régaliennes de formation des professionnels de la santé de qualité. Nous savons combien le gouvernement de la République est soucieux de l'avenir de la jeunesse. Qu'il puisse en -arriver à une mesure aussi radicale irait à l'encontre de la dynamique de développement dans laquelle notre pays est engagé. La formation, faut-il le rappeler, est un levier incontournable de développement. 

Néanmoins, si on devait en arriver là, nous prendrions à témoin l'opinion nationale et internationale du fait-nous, les promoteurs de l'UdM, avons été empêchés de continuer à apporter notre contribution au développement du pays. Cela étant, le modèle UdM est apprécié et fortement demandé dans quelques pays africains. Et nous avons été sollicités pour l'exporter. Il ne nous resterait plus qu'à prêter une oreille attentive à ces sollicitations.

© Haman Mana | Le Jour

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